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Sécurité Chantier

Risque UV dans le BTP : cancer de la peau, maladie pro ?

Exposition aux UV en hausse sur les chantiers : l'Anses relance le débat sur la reconnaissance du cancer de la peau. Prévention, OPPBTP, DUERP, formation: agir.

Publié
N° 16/10
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Sécurité Chantier
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Batiactu
Risque UV dans le BTP : cancer de la peau, maladie pro ?

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Risque UV dans le BTP : vers une reconnaissance du cancer de la peau comme maladie professionnelle ?

Les rayonnements ultraviolets ne sont pas qu’un enjeu estival. Dans le bâtiment et les travaux publics, ils constituent un risque professionnel à part entière. Alors que l’Anses vient de publier une expertise approfondie sur l’exposition professionnelle aux UV, la question d’une reconnaissance du cancer de la peau comme maladie professionnelle refait surface. Les artisans et chefs d’entreprise du BTP sont en première ligne pour transformer ces constats en actions concrètes sur les chantiers.

Au-delà du débat réglementaire, l’heure est à la prévention opérationnelle. L’OPPBTP, à travers ses directions techniques, renforce ses outils et recommandations pour aider les entreprises à intégrer le risque UV dans le Document unique (DUERP), former les équipes et organiser le travail autrement. Tour d’horizon des enjeux, des pistes d’évolution et des bonnes pratiques à déployer sans attendre.

Pourquoi le BTP est particulièrement exposé aux UV

Le BTP concentre de nombreux métiers en extérieur : maçonnerie, gros œuvre, VRD, couverture, étanchéité, charpente, voirie, réseaux, paysagisme, interventions sur toitures et façades… Les durées d’exposition cumulées y sont élevées, avec des journées prolongées au printemps et en été, mais aussi des pics d’intensité dès que l’indice UV grimpe.

L’exposition ne se limite pas au rayonnement direct. Les UV se reflètent sur les matériaux clairs (béton, peinture, tôle, membranes), l’eau ou encore les sols minéraux. À altitude plus élevée, l’intensité UV augmente sensiblement, ce qui expose davantage les chantiers en montagne. Même par temps couvert, une fraction significative des UV atteint la peau et les yeux.

Les conséquences sont multiples : coups de soleil, kératoses actiniques, vieillissement cutané prématuré, lésions oculaires (photokératite), et, à long terme, cancers cutanés. C’est cette dimension différée, liée à l’exposition cumulée au fil des saisons professionnelles, qui motive aujourd’hui une réflexion sur la reconnaissance en maladie professionnelle.

Ce que souligne l’expertise de l’Anses

L’expertise de l’Anses confirme le caractère cancérogène avéré des UV pour l’homme et insiste sur la vulnérabilité des travailleurs en extérieur, notamment dans le BTP et l’agriculture. Elle préconise de renforcer la prévention primaire et la traçabilité de l’exposition professionnelle, en s’appuyant sur des démarches déjà familières aux entreprises : évaluation des risques, planification, choix d’équipements, formation et information.

Plusieurs messages clés se détachent pour les artisans et PME du bâtiment :

  • Évaluer l’exposition UV dans le DUERP, avec des facteurs concrets : période de l’année, horaires, durée d’exposition, géographie du chantier, tâches à risque (travaux en hauteur, terrassements), reflets et absence d’ombre.
  • Hiérarchiser les mesures selon l’approche « éviter – remplacer – protéger » : il n’est pas possible d’éliminer le soleil, mais on peut réorganiser, abriter et équiper.
  • Former et sensibiliser pour transformer les bonnes pratiques en réflexes d’équipe, du chef de chantier à l’intérimaire.
  • Assurer une traçabilité minimale (périodes d’activité en extérieur, pics d’indice UV, incidents) pour mieux documenter l’exposition cumulée.

L’Anses invite également à articuler ce risque avec d’autres expositions concurrentes (chaleur, déshydratation, éblouissement), afin d’éviter l’empilement des contraintes et de privilégier des solutions organisationnelles efficaces.

Vers une reconnaissance en maladie professionnelle : quels scenarios ?

La question de la reconnaissance du cancer de la peau lié aux UV comme maladie professionnelle prend de l’ampleur. À ce stade, plusieurs voies sont envisagées dans le débat public et parmi les acteurs de la prévention :

  • Création ou adaptation d’un tableau de maladie professionnelle spécifique aux expositions solaires chez les travailleurs en extérieur, facilitant la reconnaissance pour des pathologies bien identifiées.
  • Amélioration des procédures de reconnaissance au cas par cas, pour tenir compte de l’exposition cumulée documentée dans le parcours professionnel (apports du DUERP, attestations d’exposition, fiches de poste).
  • Renforcement des obligations de prévention et de traçabilité, condition sine qua non pour toute évolution réglementaire crédible.

Dans ce contexte, l’OPPBTP se positionne comme un appui opérationnel aux entreprises du BTP. Ses travaux portent sur l’outillage des chantiers (guides, fiches réflexes, check-lists), l’intégration du risque UV dans la préparation de chantier, et la montée en compétences des encadrants. Objectif : que chaque entreprise puisse démontrer une démarche cohérente, documentée et pérenne de prévention.

Pour les dirigeants, l’enjeu n’est pas uniquement juridique. Réduire l’exposition UV, c’est aussi limiter les arrêts ponctuels (coups de soleil, irritations), préserver la santé à long terme, baisser l’absentéisme estival et améliorer l’attractivité des métiers, particulièrement exposés aux conditions climatiques.

Prévenir sur le terrain : organisation, EPI et réflexes d’équipe

La prévention du risque UV repose sur un cocktail de mesures simples à planifier et à faire vivre au quotidien.

Planifier et organiser autrement

  • Adapter les horaires pour éviter les créneaux d’UV intenses (généralement 12h-16h), quand c’est possible : tâches en extérieur le matin, finitions et préparation l’après-midi.
  • Installer des zones d’ombre sur base vie et postes fixes (tentes, voiles d’ombrage, bâches certifiées), en veillant à la tenue au vent et à la sécurité.
  • Anticiper la météo et l’indice UV via des applications ou briefings quotidiens ; ajuster les consignes et l’outillage en conséquence.
  • Limiter les reflets en protégeant provisoirement les surfaces très réfléchissantes et en positionnant les opérateurs différemment si possible.

Équiper avec des EPI adaptés

  • Vêtements à protection UV (manches longues, tissus respirants à indice UPF élevé), couleurs et matières adaptées à la chaleur.
  • Chapeaux et casquettes à visière et protège-nuque compatibles avec le port du casque de chantier.
  • Lunettes de protection avec filtre UV catégorie adaptée, pour prévenir l’éblouissement et la fatigue visuelle.
  • Crèmes solaires à indice élevé (SPF 50+), résistantes à la sueur, disponibles en libre accès sur chantier. Application 20 minutes avant l’exposition et réapplication régulière, notamment après essuyage.

Former, informer, ancrer les bonnes pratiques

  • Brief sécurité « UV du jour » lors de la prise de poste en période à risque, avec l’indice UV et les consignes clés.
  • Affichages et pictogrammes rappelant l’application de la crème, le port des EPI et les heures les plus à risque.
  • Auto-surveillance des signes d’alerte (rougeurs, échauffements), et culture du signalement sans culpabilisation.
  • Intérimaires et sous-traitants inclus dans le plan de prévention : même niveau d’information et d’équipement.

Intégrer le risque UV au management HSE et au DUERP

Pour rendre la prévention efficace et opposable, il est essentiel d’inscrire le risque UV dans les processus HSE de l’entreprise :

  • Évaluation formalisée dans le DUERP avec cotation de l’exposition par poste et par saison, mise à jour annuelle.
  • Plan d’actions chiffré (achat d’EPI UV, abris, stocks de crème, affichage) et pilotage par l’encadrement de proximité.
  • Procédures chantier intégrant l’UV dans la préparation (PPSPS, plans particuliers de sécurité, plan de prévention pour les coactivités).
  • Indicateurs simples de suivi (nombre de briefings UV, quantité d’EPI distribués, remontées d’incidents, période de forte intensité).
  • Implication du CSE et de la médecine du travail pour les campagnes de sensibilisation et la traçabilité de l’exposition.

Des outils pratiques, fiches réflexes et supports de communication sont disponibles via les organismes de prévention sectoriels. L’objectif est de faciliter le passage à l’action, avec des solutions prêtes à l’emploi adaptables à la taille des entreprises et à la diversité des chantiers.

Combien ça coûte, combien ça rapporte ?

La prévention UV a un coût maîtrisé comparé aux bénéfices : vêtements techniques durables, protections d’ombre réutilisables, crèmes solaires en vrac ou en distributeurs, lunettes et couvre-nuque. Ces dépenses se compensent par la diminution des arrêts liés aux coups de soleil, l’amélioration du confort en période chaude, et une meilleure productivité le matin.

Pour une TPE/PME, un budget « kit UV » par équipe (abri léger, crèmes, lunettes, casquettes protège-nuque, affichage) est rapidement amorti sur une saison. La clé de la réussite reste l’organisation : planification, approvisionnement et responsables clairement identifiés.

Conclusion : agir maintenant, anticiper demain

La reconnaissance éventuelle du cancer de la peau comme maladie professionnelle chez les travailleurs en extérieur marquerait une étape majeure. Elle irait de pair avec une exigence accrue de prévention et de traçabilité. Sans attendre d’évolutions réglementaires, les entreprises du BTP ont tout intérêt à déployer un plan UV clair, intégré au DUERP, outillé sur le terrain et partagé par tous.

Conseil pratique : désignez un « référent saison chaude » par chantier, pilotez l’indice UV au quotidien, équipez vos compagnons, et ritualisez les briefings. C’est simple, opérationnel et protecteur. La santé de vos équipes et la performance de vos chantiers y gagneront, aujourd’hui comme sur le long terme.

Source · Batiactu

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