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Réglementation

Deru 2: assainissement et stations d’épuration, un boom BTP

Deru 2 renforce le traitement des eaux usées: bénéfices supérieurs aux coûts et carnet de chantiers pluriannuels pour artisans, PME et spécialistes du BTP.

Publié
21/09
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Réglementation
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Batiactu
Deru 2: assainissement et stations d’épuration, un boom BTP

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Moderniser l’assainissement : des bénéfices qui dépassent largement les coûts

Assainissement, stations d’épuration, réseaux d’eaux usées, micropolluants : la nouvelle directive européenne sur le traitement des eaux usées urbaines (Deru 2) change la donne. Selon une étude d’impact présentée par le Comité stratégique de la filière eau (CSFE), les bénéfices environnementaux, sanitaires et économiques de cette modernisation surpasseront nettement les investissements attendus.

Pour les artisans, PME du BTP et entreprises spécialisées, cette dynamique ouvre un cycle pluriannuel de chantiers. Génie civil, réhabilitation de canalisations, équipements électromécaniques, automatisme, instrumentation, curage et maintenance : toute la chaîne de valeur est concernée, avec des retombées concrètes sur l’activité et l’emploi local.

Ce que prévoit Deru 2 pour l’assainissement et les stations d’épuration

La directive Deru 2 renforce les exigences sur l’ensemble du cycle des eaux usées. Les collectivités devront adapter leurs infrastructures, et les entreprises du BTP intégrer de nouveaux standards techniques. Les principaux axes se dégagent déjà :

  • Performance épuratoire accrue : généralisation du traitement renforcé de l’azote et du phosphore sur les stations d’épuration de taille significative, avec des objectifs de rendement plus exigeants pour limiter l’eutrophisation.
  • Traitement des micropolluants : déploiement de procédés tertiaires (charbon actif en poudre ou en grains, ozonation, membranes) sur les sites prioritaires, pour capter les résidus pharmaceutiques, cosmétiques et autres substances émergentes.
  • Surveillance et pilotage en continu : instrumentation accrue des réseaux et des ouvrages (capteurs, débitmètres, sondes de qualité) et télégestion pour anticiper les événements pluvieux, optimiser l’exploitation et réduire les déversements d’orage.
  • Efficience énergétique : objectif de neutralité énergétique des stations à moyen terme, via optimisation des aérations, variateurs de vitesse, récupération d’énergie et valorisation du biogaz par digestion anaérobie.
  • Circularité et valorisation : filières de boues plus vertueuses (séchage solaire, compostage, méthanisation) et développement encadré de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) pour l’arrosage, le nettoyage urbain ou certains usages industriels.
  • Résilience climatique : bassins d’orage, gestion à la source des eaux pluviales, solutions fondées sur la nature (fossés, noues, toitures végétalisées) pour soulager les réseaux et limiter les coûts d’exploitation.

Pour répondre, les maîtres d’ouvrage vont multiplier études, diagnostics, réhabilitations et reconstructions partielles. Les entreprises capables de proposer des solutions intégrées – génie civil, process, automatismes – seront particulièrement sollicitées, aux côtés d’artisans spécialisés en réseaux, étanchéité, serrurerie ou maintenance.

Un rapport coûts-bénéfices favorable, selon le CSFE

Le CSFE estime que la mise en conformité Deru 2 engendrera un cycle d’investissements soutenu mais créateur de valeur. D’après l’étude, le cumul des dépenses d’ici 2040 pourrait se situer dans une fourchette de 22 à 28 milliards d’euros, répartis entre modernisation des stations d’épuration, extension/renouvellement des réseaux et instrumentation.

En face, les bénéfices attendus dépassent largement ce montant :

  • Gains sanitaires : baisse des pathologies liées aux pollutions microbiologiques et chimiques, réduction des coûts de santé et amélioration de la qualité de vie à proximité des cours d’eau et zones de baignade.
  • Attractivité économique : amélioration de l’image des territoires, retombées sur le tourisme, les usages récréatifs et la pêche, valorisation foncière à moyen terme.
  • Économies d’exploitation : optimisation énergétique (jusqu’à 10-15% d’économies sur les stations modernisées), réduction des surverses par un meilleur pilotage des réseaux, moins d’interventions d’urgence.
  • Emplois et compétences : jusqu’à 15 000 à 20 000 emplois soutenus en pic d’activité selon les scénarios analysés, avec une montée en compétence notable sur l’électromécanique, l’instrumentation et la donnée.
  • Climat : baisse des émissions de gaz à effet de serre via l’optimisation des aérations, la valorisation du biogaz et une exploitation mieux pilotée.

Au total, l’étude chiffre les bénéfices cumulés sur 15 ans entre 35 et 45 milliards d’euros, en intégrant les gains non marchands. Pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics, cela se traduit par une visibilité de marché rare, des carnets de commandes plus lissés, et des opportunités de diversification vers des activités à forte valeur ajoutée.

Opportunités concrètes pour artisans et PME du BTP

La modernisation des systèmes d’assainissement n’est pas réservée aux grands groupes. De nombreux lots seront attribués à des PME et artisans qualifiés. Secteurs porteurs :

  • Réseaux et voirie : pose/renouvellement de canalisations EU/EP, réhabilitation sans tranchée (chemises, gaines), branchements particuliers, ouvrages de régulation et de stockage.
  • Génie civil d’ouvrages : bassins d’orage, bâches de reprise, locaux techniques, réhabilitation de bétons, étanchéité et protections anticorrosion.
  • Équipement électromécanique : pompes, surpresseurs, grilles fines, déssableurs, traitements biologiques, filtration tertiaire, systèmes de dosage et de désodorisation.
  • Automatismes et data : armoires électriques, capteurs, télémesure, supervision SCADA, cybersécurité, jumeau numérique pour l’optimisation.
  • Exploitation-maintenance : curage, inspection caméra, métrologie, étalonnage, maintenance préventive, contrats de performance.

Conseils pratiques pour capter ces marchés :

  • Se positionner en groupement pour proposer des offres complètes (GC + électromécanique + automatisme).
  • Monter en qualification (Qualibat, Qualifoudre/Qualifelec selon périmètre), et viser ISO 9001/14001 voire MASE pour les interventions sensibles.
  • Investir dans la sécurité : formation CATEC espaces confinés, habilitations électriques, gestion H2S/ATEX, plans de prévention bétonnés.
  • Standardiser les solutions (équipements éprouvés, pièces interchangeables) pour fiabiliser les délais et réduire les coûts d’exploitation des maîtres d’ouvrage.
  • Capitaliser les données de chantiers et retours d’expérience pour alimenter des variantes techniques performantes lors des appels d’offres.

Financements, marchés publics et clés de mise en œuvre

Le financement des projets d’assainissement reposera sur des montages combinant subventions et emprunts. Les entreprises ont intérêt à accompagner les maîtres d’ouvrage en amont pour sécuriser les budgets et le phasage.

  • Agences de l’eau : aides ciblées sur la lutte contre les micropolluants, l’efficience énergétique et la réduction des déversements d’orage. Taux modulés selon enjeux et performance.
  • Fonds verts et dotations : appui aux petites et moyennes collectivités pour études, instrumentation et travaux prioritaires.
  • Financements européens et bancaires : prêts à long terme (BEI, CDC), dispositifs climatiques pour les projets sobres en carbone.

Côté procédures, les marchés iront du marché à lots séparés à la conception-réalisation pour les chantiers complexes, voire à des marchés de performance (avec objectifs de réduction d’énergie ou de volumes déversés). Les clés de réussite :

  • Anticiper les délais d’études d’impact et d’autorisations, pour éviter l’effet d’embouteillage réglementaire.
  • Phaser les travaux pour maintenir le service et lisser les pics de charge. Solutions provisoires (by-pass, bâches mobiles) à prévoir en offre.
  • Intégrer le coût global (CAPEX + OPEX) dans la conception : aérations haut rendement, moteurs IE4, variateurs, supervision fine.
  • Favoriser la modularité pour suivre l’évolution des charges hydrauliques et des normes, sans reconstruire.
  • Assurer la qualité de l’eau traitée par un plan de contrôle robuste, échantillonnage et métrologie conformes, et un plan de dépannage 24/7.

Enfin, la sobriété chantier devient un atout compétitif : limitation des déblais, réemploi des granulats, logistique optimisée, et suivi des émissions de CO2 du chantier. Les maîtres d’ouvrage valorisent ces engagements dans les critères d’attribution.

Conclusion : cap sur une filière plus performante et durable

La modernisation des systèmes d’assainissement, sous l’impulsion de Deru 2 et portée par le CSFE, n’est pas qu’une contrainte réglementaire. C’est un levier de compétitivité pour la filière, avec des bénéfices mesurables pour l’environnement, la santé publique et l’économie locale. Les entreprises du BTP qui investissent dès maintenant dans les compétences, la sécurité et l’innovation prendront une longueur d’avance.

Conseil final : cartographiez votre territoire de prospection (stations d’épuration prioritaires, réseaux sensibles, bassins versants), ciblez 5 à 10 opérations phasées sur 24 à 36 mois, et bâtissez des offres standardisées, modulaires et sobres en énergie. C’est la meilleure voie pour transformer l’obligation de résultat en opportunités durables.

Source · Batiactu

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