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Développement Durable

Marseille: chantier de dépollution des Calanques mobilise le BTP

Près de 20 sites des Calanques ciblés: 8 500 t de déchets dont 1 200 t dangereux, retirés par le BTP pour dépolluer sans nuire à une biodiversité unique.

Publié
N° 02/11
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Développement Durable
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Batiactu
Marseille: chantier de dépollution des Calanques mobilise le BTP

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Marseille lance un chantier de dépollution d’envergure dans les calanques

En plein cœur du parc national des Calanques, un programme de dépollution sans précédent est en marche. Près de vingt sites, disséminés entre falaises calcaires, criques et zones boisées, font l’objet d’interventions coordonnées.

L’objectif est clair : contenir et retirer des déchets industriels toxiques hérités de décennies d’activités, tout en préservant une biodiversité exceptionnelle. Un défi technique et logistique qui mobilise le BTP local, des spécialistes de la dépollution et des écologues.

Objectifs et périmètre : traiter les “points noirs” sans nuire au milieu

Le projet couvre des anciennes zones de dépôts sauvages, des poches d’anciens remblais industriels et des talwegs où se sont accumulés scories, ferrailles et résidus de chantiers. La priorité est donnée aux sites à proximité directe du littoral et des sentiers très fréquentés.

Au total, les équipes estiment 8 500 tonnes de déchets hétérogènes à gérer, dont environ 1 200 tonnes classées dangereux. On y retrouve des métaux lourds (plomb, zinc), des HAP, des résidus d’amiante lié, des PCB en traces, ainsi que des batteries et fûts vides.

Cartographie et priorisation

Une cartographie fine a été menée par drone, Lidar et prélèvements sur grille. Chaque site est classé selon un score de risque combinant toxicité, mobilité des polluants et fréquentation du public.

La planification par vagues permet d’enchaîner diagnostics complémentaires, travaux, puis renaturation. Les interventions s’échelonnent sur 2024-2026, avec des fenêtres adaptées aux contraintes écologiques.

Risques maîtrisés

Les risques ciblés : envol de poussières, ruissellement chargé vers la mer, instabilité des pentes et perturbation d’espèces protégées. Des protocoles stricts encadrent les opérations, avec seuils d’alerte et arrêt immédiat en cas d’incident.

Chaque lot inclut un Plan de Gestion des Terres et Déchets (PGTD), une stratégie de confinement in situ et un volet de surveillance eau/air/sols en temps réel.

Techniques déployées : confinement sélectif et enlèvement à faible impact

Le principe d’action repose sur deux leviers complémentaires. Confinement in situ des matériaux peu mobiles pour sécuriser rapidement. Enlèvement ciblé des déchets les plus dangereux, avec tri et acheminement vers les filières agréées.

Confinement in situ sécurisé

Sur substrat calcaire, les entreprises posent un géotextile anti-poinçonnement, puis une géomembrane PEHD scellée en périphérie. Une couche drainante minérale et un sol fertile local complètent l’ouvrage, prêt à être végétalisé.

Des tranchées périphériques interceptent les eaux de ruissellement. Des puits de dégazage et un réseau de surveillance piézométrique suivent le comportement dans le temps.

Excavation ciblée et tri fin

Les matériaux à haute dangerosité sont excavés à la pelle compacte avec guidage 3D. Le tri en zone dédiée isole amiante, métaux, terres polluées et inertes. Les déchets dangereux partent en big-bags homologués UN, scellés et tracés.

La brumisation anti-poussières, les bâches de confinement et des unités mobiles d’analyse (XRF, PID) réduisent l’empreinte du chantier et accélèrent la prise de décision sur site.

Logistique “douce” adaptée au site

L’accès aux calanques impose des moyens spécifiques. Barges pour évacuer les charges volumineuses, héliportage ponctuel sur falaises, chenillettes légères sur sentiers et winchs pour franchir les restanques.

Des écrans de turbidité sont déployés en mer lors des phases proches du rivage. Les créneaux de navigation respectent les usages des plaisanciers et la météo marine.

  • Traçabilité numérique via Trackdéchets (BSDA/BSDD).
  • Bruits maîtrisés : engins Stage V, horaires restreints.
  • Carburants alternatifs (HVO) et groupes électrogènes hybrides.
  • Optimisation des rotations pour réduire CO2 et coûts.

Cadre réglementaire et organisation : une gouvernance resserrée

La maîtrise d’ouvrage est portée par le Parc national des Calanques avec la Métropole Aix-Marseille-Provence et le soutien de l’État. La maîtrise d’œuvre réunit un groupement d’AMO dépollution, géotechnique et écologie.

Quatre lots principaux structurent le chantier : diagnostics complémentaires, travaux terrestres, travaux littoraux, renaturation et suivi. Chaque lot intègre un coordonnateur SPS et un référent environnement.

Autorisations et conformité

Les équipes opèrent sous arrêtés préfectoraux avec dérogations espèces protégées. Les interventions littorales relèvent de la loi sur l’eau et du domaine public maritime.

Les opérateurs amiante doivent être certifiés 1552 (SS3/SS4). Les transports suivent l’ADR et les centres de traitement disposent des agréments requis (ISDD, vitrification, déchlorination, etc.).

Financement et indicateurs

L’enveloppe estimative atteint 18 M€ sur trois ans. Le financement est co-porté par l’ADEME, l’Agence de l’eau, la Région et la Métropole. Les contrats prévoient des primes à la performance environnementale.

  • Taux de valorisation des déchets inertes et métaux.
  • Réduction des émissions par tonne retirée.
  • Respect des fenêtres écologiques et absence d’incidents faune-flore.
  • Retour d’expérience documenté par site.

Biodiversité : travailler au rythme du vivant

Le parc abrite des habitats sensibles : garrigue et pinèdes, grottes à chiroptères, falaises à faucon pèlerin, herbiers de posidonie. Les travaux adaptent leurs méthodes et calendriers pour limiter l’impact.

Un écologue valide chaque phase, de l’implantation de base-vie à la remise en état paysager. Des zones tampons protègent les secteurs à forte valeur écologique.

Fenêtres d’intervention

Les travaux bruyants s’évitent entre mars et juillet, période de reproduction de nombreuses espèces. Les approches maritimes sont planifiées hors pics de fréquentation et hors périodes sensibles des mammifères marins.

En cas de découverte fortuite (nidification, gîte), arrêt immédiat et adaptation du phasage. La règle du zéro mortalité guide l’action.

Mesures d’atténuation et renaturation

Les équipes retirent les espèces exotiques envahissantes avant replantation. Les essences locales dominent : pin d’Alep, chêne kermès, romarin, euphorbe, thym. Les sols sont reconstitués avec des matériaux compatibles et semences d’origine locale.

Sur le littoral, des capteurs suivent la turbidité. Les chantiers stoppent à seuil dépassé. Les sentiers sont réouverts au public avec signalétique pédagogique et mobilier discret en bois local.

Retours d’expérience et opportunités pour les pros du BTP

Ce programme constitue un accélérateur de compétences pour les entreprises. Il combine dépollution, génie écologique et logistique complexe. Un terrain idéal pour se positionner sur des marchés à haute valeur ajoutée.

Compétences et matériels clés

  • Encadrement SS4 amiante, habilitations ADR, sensibilisation Natura 2000.
  • Engins compacts à faible pression au sol, brumisation, capteurs air/poussières.
  • Géosynthétiques, systèmes d’ancrage en terrain calcaire, barres d’ancrage.
  • Digital : SIG, photogrammétrie, suivi Trackdéchets, rapports REX standardisés.

Bonnes pratiques pour répondre aux marchés

  • Proposer un plan carbone crédible : barges hybrides, HVO, mutualisation des transports.
  • Prouver la maîtrise du confinement et du tri à la source avec protocoles et fiches contrôle.
  • Intégrer un écologue partenaire dès l’offre et prévoir des scénarios alternatifs.
  • Sécuriser les filières aval avec lettres d’engagement et capacités réservées.

Les maîtres d’ouvrage valorisent les équipes locales, la sobriété matérielle et le réemploi. Blocs calcaires et pierres peuvent être réutilisés en génie paysager, sous contrôle sanitaire.

Conclusion : un modèle pour les chantiers sensibles de demain

Le programme des calanques démontre qu’une dépollution ambitieuse est possible en milieu protégé, sans sacrifier la biodiversité ni la sécurité. Il impose rigueur, innovation et coordination, mais ouvre des perspectives réelles pour la filière.

Pour les artisans et PME du BTP, c’est le moment d’investir dans les compétences SS4, la logistique littorale et le génie écologique. Ces chantiers vont se multiplier. Anticiper, se former et s’équiper dès aujourd’hui, c’est se donner une longueur d’avance sur les marchés publics à venir à Marseille et ailleurs.

Source · Batiactu

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