Développement Durable
Friches: 61 000 ha de foncier pour bâtir, produire, renaturer
61 000 ha de friches urbanisables et raccordées offrent des chantiers bas-carbone, financés, pour logement, activité et renaturation au cœur des territoires.
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- N° 04/09
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Friche: un gisement foncier stratégique pour bâtir, produire et renaturer
Le gisement des friches gagne en clarté. Selon le Cerema, 61.000 hectares sont aujourd’hui répertoriés en France, majoritairement en zone urbanisable. Ce stock rare et déjà raccordé aux réseaux offre une réponse concrète aux défis du logement, de la réindustrialisation et de la renaturation.
Pour les artisans, PME du bâtiment et entreprises de travaux publics, ces sites sont synonymes de chantiers techniques, variés et soutenus par des financements publics. Ils imposent rigueur, planification et solutions bas-carbone. Ils offrent en retour des marchés pérennes et visibles, au cœur des territoires.
Où se trouvent les friches et quels usages viser ?
Les friches se présentent sous de multiples formes: anciens sites industriels, entrepôts logistiques désaffectés, zones commerciales délaissées, emprises ferroviaires, casernes, hôpitaux, tuileries ou scieries. Elles se concentrent près des centres urbains, des axes de transport et dans des zones d’activités en mutation.
Leur potentiel est triple. D’abord, le logement, avec des opérations mixtes et compactes, en réponse aux objectifs de sobriété foncière. Ensuite, l’activité économique, pour accueillir ateliers artisanaux, TPE/PME, bureaux de proximité et micro-logistique urbaine. Enfin, la renaturation, pour désimperméabiliser, rétablir des continuités écologiques et intégrer des espaces de gestion des eaux pluviales.
Ces sites s’inscrivent dans les priorités publiques: zéro artificialisation nette, reconquête des centralités, planification écologique, réindustrialisation. Pour les professionnels du BTP, ils représentent des opérations phasées, techniques et génératrices de valeur locale.
- Avantage réseaux: voiries, eau, électricité et fibre souvent déjà présents.
- Acceptabilité: moindre emprise neuve, bénéfice urbain immédiat pour les riverains.
- Diversité des corps d’état: dépollution, désamiantage, déconstruction sélective, gros œuvre, second œuvre, VRD, paysagisme.
- Montées en compétences: économie circulaire, réemploi, performance énergétique et bas-carbone.
Les clés d’une reconversion réussie: diagnostic, dépollution et montage
La réussite d’une friche commence par la connaissance du site. Un diagnostic fouillé réduit les aléas et sécurise les plannings. Il sert aussi de base au calcul des surcoûts et à la recherche d’aides.
Études et diagnostics indispensables
- Études de sols et pollution: reconnaissance géotechnique, analyses chimiques, plan de gestion des terres, zones sources et voies de transfert.
- Diagnostic déchets avant démolition (PEMD): inventaire matière, filières de tri, potentiel de réemploi.
- Repérages réglementaires: amiante, plomb, PCB, HAP, sécurité incendie et structure.
- Contexte urbain: accès chantier, voisinage, nuisances, contraintes patrimoniales et archéologiques.
Travaux techniques et économie circulaire
Le triptyque dépollution – désamiantage – déconstruction sélective conditionne la suite. Les interventions en SS3 amiante, la gestion des terres impactées et la valorisation in situ des matériaux réduisent l’empreinte carbone et les coûts d’évacuation.
- Déconstruction sélective: curage fin, tri 7 flux, traçabilité via outils numériques et registres dématérialisés.
- Réemploi: menuiseries, briques, pavés, charpentes en bois, faux-plafonds réutilisés ou reconditionnés.
- Matériaux recyclés: granulats pour couches de forme, bétons bas-carbone, isolants biosourcés.
- Gestion des eaux: désimperméabilisation, noues, bassins d’orage, puits d’infiltration.
Montages et financements
Les reconversions mobilisent une maîtrise d’ouvrage publique ou privée, parfois via des sociétés publiques locales, aménageurs ou bailleurs. Les surcoûts de traitement peuvent être soutenus par des appels à projets dédiés, le Fonds friches ou le Fonds vert, ainsi que par des dispositifs régionaux.
- Planification: adaptation du PLU, OAP sectorielles, périmètres d’ORT pour faciliter les autorisations.
- Aides: subventions ciblées sur la dépollution, la renaturation ou la réhabilitation énergétique.
- Clauses environnementales: objectifs de % de réemploi, seuils d’émissions, suivi carbone chantier.
Scénarios de reconversion: logement, industrie et nature en synergie
Ancienne tuilerie en cœur de bourg
Sur 2,5 hectares, un site clos et imperméabilisé est transformé en quartier mixte. Au programme: 120 logements, une halle artisanale, une école maternelle et 8.000 m² d’espaces verts. Les toitures des anciens séchoirs deviennent ombrières photovoltaïques.
Le phasage en site contraint limite les nuisances: déconstruction sélective, traitement de points chauds d’hydrocarbures, mise en sécurité, puis gros œuvre. Les artisans locaux fournissent menuiseries et lots intérieurs biosourcés, favorisant les circuits courts.
Entrepôt obsolète en pôle artisanal bas-carbone
En périphérie d’une ville moyenne, un bâti logistique des années 1980 est reconverti en ateliers mutualisés. Ossature bois, isolation paille, ventilation double flux, ateliers de 80 à 300 m² pour charpentiers, électriciens, plombiers, métalliers et entreprises de maintenance.
La halle est dimensionnée pour la logistique urbaine douce. Récupération d’eau de pluie, panneaux solaires, zones de test pour formation. Les délais sont tenus grâce à un macro-lot enveloppe/clos-couvert et un planning Lean Construction.
Renaturation d’une friche en lisière de rivière
Sur 5 hectares, l’objectif est la désimperméabilisation et la réduction du risque d’inondation. Création d’un parc inondable, de berges végétalisées, de mares pédagogiques et d’un verger urbain. Les déblais propres sont réemployés pour modeler le relief.
Les entreprises de paysage et de VRD collaborent avec des écologues. Le site accueille une promenade, un jardin de pluie et des mobiliers réalisés en réemploi. Proximité du centre-ville: fréquentation élevée et bénéfices microclimatiques immédiats.
Comment capter ces marchés ? Conseils pratiques pour artisans et PME
Se positionner tôt est déterminant. La veille cible les sites à venir, les montages publics-privés et les appels à projets locaux.
- Outils de veille: consultez les inventaires de friches du Cerema, les portails régionaux, les SPL et EPA, ainsi que les consultations des collectivités.
- Groupements: constituez des équipes complémentaires (désamiantage, dépollution, déconstruction, gros œuvre, second œuvre, paysagisme) pour offrir une offre intégrée.
- Compétences clés: certification amiante SS3, maîtrise du tri et du réemploi, calcul carbone, approche BIM et logistique en milieu urbain.
- Proposition de valeur: variantes techniques bas-carbone, phasage limitant les nuisances, solutions de réemploi local et plan d’insertion.
La maîtrise de la traçabilité devient un atout. Entre tri 7 flux, obligations de la filière REP Bâtiment et enregistrements dématérialisés, la transparence est attendue. L’anticipation des aléas est tout aussi critique.
- Risque pollution: prévoyez des provisions pour traitements complémentaires et validations en laboratoire.
- Contraintes faune/flore: adaptez les calendriers aux périodes de nidification et d’arrachage.
- Surprises structurelles: maintenez des marges pour reprises ponctuelles et renforcements.
Côté commercial, mettez en avant vos références en sites occupés, vos capacités de coordination et vos indicateurs de performance environnementale. Une communication claire avec les riverains et la collectivité accroît l’acceptabilité et fluidifie l’exécution.
Conclusion: une dynamique à saisir pour bâtir la ville sobre
Avec 61.000 hectares de friches identifiés, la France dispose d’un réservoir de projets prêt à transformer nos territoires. Réhabiliter plutôt que étaler, c’est réduire l’empreinte carbone, préserver les terres agricoles et revitaliser les centralités. Logement, industrie et nature peuvent cohabiter lorsqu’un diagnostic précis, une ingénierie solide et une exécution soignée sont réunis.
Pour les artisans et PME du BTP, l’opportunité est claire: se spécialiser, s’allier, formaliser des offres bas-carbone et fiables, et intégrer pleinement l’économie circulaire. La demande publique et privée s’oriente vers ces opérations complexes mais créatrices de valeur. En vous positionnant dès la phase amont et en cultivant vos savoir-faire sur les friches, vous deviendrez des partenaires incontournables de la ville durable.
Le message est simple: anticipez, formez-vous, structurez vos groupements et proposez des solutions robustes et mesurées. Les friches sont un terrain d’innovation concret, au service du logement, de l’activité et de la renaturation. À vous de jouer.
Source · Batiactu



