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Piscine Art déco Roger-Salengro, Monument préféré des Français
Icône Art déco de Bruay-la-Buissière, la piscine Roger-Salengro, élue Monument préféré des Français, allie briques et inspire un modèle de restauration BTP.
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- N° 02/11
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La piscine Art déco Roger-Salengro, fierté de Bruay-la-Buissière, sacrée “Monument préféré des Français”
Avec son allure de forteresse moderne et ses lignes géométriques impeccables, la piscine Art déco Roger-Salengro vient d’être consacrée “Monument préféré des Français”. À Bruay-la-Buissière, dans les Hauts-de-France, cet équipement municipal fait battre le cœur des habitants et des amoureux du patrimoine depuis près de 90 ans.
Au-delà de l’émotion populaire, cette distinction met en lumière un bâtiment rare, emblématique de l’architecture des années 1930. Pour les artisans et professionnels du BTP, c’est aussi un cas d’école de restauration patrimoniale, où se croisent contraintes techniques, enjeux d’usage et respect d’une identité architecturale forte.
Un manifeste Art déco en briques et béton
Édifiée au milieu des années 1930, la piscine Roger-Salengro s’inscrit dans la dynamique hygiéniste de l’entre-deux-guerres. Le bâtiment combine brique locale et béton armé, matériaux phares de l’époque, dans une composition parfaitement symétrique. Son entrée monumentale, flanquée de volumes massifs évoquant des bastions, nourrit l’image de “forteresse” qui a fait sa réputation.
Derrière la façade, le complexe s’organise autour d’un grand bassin sportif et d’espaces de circulation généreux, pensés pour le flux des baigneurs. Les garde-corps en ferronnerie, les modénatures en briques vernissées, les bandeaux horizontaux et les oculus rappellent les codes Art déco, tout comme les revêtements en faïence claire qui baignent les intérieurs d’une lumière douce.
Conçue pour un usage collectif, la piscine offrait à l’origine cabines, douches à la chaîne et solariums. La rationalité du plan, la répétition des travées et le soin porté aux détails traduisent une ambition sociale et municipale: faire de l’eau un bien public, accessible et sain, dans une enveloppe résolument moderne.
90 ans d’histoire et de transmission patrimoniale
Au fil des décennies, l’équipement a traversé les évolutions d’usage: natation scolaire, clubs, loisirs d’été, événements populaires. Sa robustesse constructive a permis de conserver une grande partie des volumes et des finitions d’origine, tout en intégrant progressivement des améliorations techniques indispensables à l’exploitation.
Inscrite au titre du patrimoine local puis reconnue à l’échelle régionale, la piscine a bénéficié d’un regard renouvelé à partir des années 2000. Des campagnes d’études ont mis en évidence des pathologies classiques des bâtiments de cette période: carbonatation du béton, corrosion des aciers aux points singuliers, faïences fissurées et joints désagrégés, sans oublier l’obsolescence des réseaux techniques.
Une opération de restauration programmée a alors été engagée par la collectivité, en coordination avec les services du patrimoine. Elle s’est structurée autour de trois axes: sécuriser l’ouvrage, pérenniser l’étanchéité des bassins, et réhabiliter les finitions emblématiques de l’Art déco.
Un chantier-école pour les professionnels du bâtiment
La réhabilitation d’une piscine Art déco en service est un exercice exigeant. Les entreprises mobilisées ont dû conjuguer savoir-faire traditionnel et techniques contemporaines, avec un phasage précis pour limiter les interruptions d’exploitation.
- Diagnostic et structure: campagne de carottages, mesure des taux de chlorures, passivation localisée des aciers, et reconstitution des enrobages par mortiers techniques compatibles avec les bétons des années 30.
- Étanchéité des bassins: reprise des enduits hydrauliques, traitement des fissures par injection, pose d’une membrane armée en zones sensibles, et optimisation des goulottes de débordement pour limiter les pertes d’eau.
- Finitions patrimoniales: dépose soignée des carreaux d’origine, réemploi lorsque possible, compléments en faïence émaillée de format et teinte compatibles, restauration des garde-corps en ferronnerie et thermolaquage selon nuances historiques.
- Fluides et traitement de l’eau: modernisation des filtres à sable, pompes à vitesse variable, régulation automatique pH/redox, optimisation de la désinfection pour une qualité d’eau conforme tout en réduisant les consommations.
- Accessibilité et sécurité ERP: rampes intégrées, fauteuil de mise à l’eau, contrôles d’accès, mise à niveau des dispositifs incendie, le tout sans altérer la lecture architecturale.
Sur le plan énergétique, le site a été doté d’équipements sobres: variateurs sur la ventilation, récupération de chaleur sur les rejets d’eau, LED à rendu chromatique proche des éclairages d’origine. La discrétion des ajouts a guidé les choix: chemins de câbles dissimulés, unités techniques regroupées, trappes de visite intégrées aux modénatures.
Budgétairement, l’opération illustre l’intérêt d’un montage combinant fonds propres, aides régionales et subventions dédiées au patrimoine. Un lotissement par corps d’état a permis d’ouvrir le marché aux PME locales: maçonnerie de restauration, carrelage-faïence, serrurerie, étanchéité, CVC-plomberie, électricité, paysages.
Conseils pratiques pour les chantiers patrimoniaux similaires
La distinction “Monument préféré des Français” accroît l’attractivité du site et génère des attentes élevées en matière d’accueil, d’entretien et de qualité d’exécution. Pour les artisans et entrepreneurs souhaitant se positionner sur des ouvrages comparables, quelques repères utiles:
- Anticiper l’ingénierie patrimoniale: associer tôt un BET structure et un économiste aguerris aux monuments en béton armé. Un diagnostic préalable solide évite les plus-values et les découvertes en phase travaux.
- Dialoguer avec l’ABF/DRAC: partager échantillons, protocoles et fiches techniques avant exécution. Les ATEX ou avis techniques pour membranes et mortiers spéciaux sont un plus.
- Privilégier la réversibilité: tout ajout doit être démontable sans dommage pour le support historique, notamment pour les équipements techniques et la signalétique.
- Tracer les matériaux: fiches de lot, plans de recollement, nuanciers référencés. Un DOE patrimonial, voire une maquette BIM de synthèse, facilitera l’exploitation.
- Soigner le phasage: organiser des fenêtres d’arrêt courtes, sécuriser les cheminements publics et coordonner les essais de mise en eau avec la réception des lots étanchéité et faïence.
- Former les équipes: un module court sur les pathologies du béton des années 30 et les carreaux émaillés évite des erreurs irréversibles (décapants inadaptés, perçages sauvages, etc.).
Enfin, penser exploitation dès la conception: accès aux filtres, dégagements pour maintenance, pièces d’usure standardisées. Un monument vivant se préserve mieux qu’un monument figé.
Un levier pour le territoire et les métiers
Au-delà du bâti, la piscine Roger-Salengro est un repère urbain et un point d’ancrage des savoir-faire locaux. La brique des Hauts-de-France, la ferronnerie, le carrelage, la menuiserie acier et la plomberie collective y dialoguent dans un même geste architectural.
La reconnaissance nationale attire visiteurs et médias, dynamise l’économie locale et valorise les entreprises intervenues. Les retombées se traduisent par des marchés d’entretien plus réguliers, des demandes de restauration à l’identique et des opportunités de formation pour les jeunes en alternance sur des chantiers d’exception.
Pour les maîtres d’ouvrage, c’est l’occasion d’inscrire l’équipement dans une stratégie globale: saisonnalité adaptée, offre culturelle (visites guidées autour de l’Art déco), et partenariats avec les écoles et clubs pour animer le lieu tout au long de l’année.
Conclusion: préserver l’esprit, améliorer l’usage
Élue “Monument préféré des Français”, la piscine Art déco Roger-Salengro rappelle que le patrimoine du XXe siècle est tout aussi précieux que les édifices anciens. Sa restauration démontre qu’on peut concilier authenticité et performance: garder la force des volumes, les matières et la lumière d’origine, tout en assurant confort, sécurité et sobriété.
Professionnels du BTP, retenez l’essentiel: diagnostic rigoureux, choix de solutions compatibles, réversibilité des interventions et coordination exemplaire. En cultivant ces réflexes, vous transformerez chaque chantier patrimonial en vitrine de votre savoir-faire, au service d’un bâtiment vivant, utile et fier de son histoire.
Source · Batiactu



