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ERBM: corons du Bassin minier réhabilités avec les habitants
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, l’ERBM rénove 550 cités minières: un chantier UNESCO mêlant patrimoine, gains énergétiques et concertation, avec TPE-PME.
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- N° 05/10
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ERBM dans le Bassin minier : une réhabilitation au long cours, faite avec et pour les habitants
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, la rénovation des corons s’est engagée à une échelle rarement vue en France. Lancé en 2017, l’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier (ERBM) s’est fixé un cap clair : préserver et réhabiliter 550 cités minières en dix ans, avec une livraison complète attendue l’année prochaine.
Au cœur de cette démarche, un principe simple mais décisif : associer les habitants à chaque étape. Selon Mélanie Delots, directrice de projet ERBM auprès du préfet de région Hauts-de-France et du préfet du Pas-de-Calais, c’est cette synergie – bailleurs, collectivités, État, architectes et entreprises du BTP – qui a rendu possible des chantiers à la fois patrimoniaux, énergétiques et sociaux.
Un chantier hors norme, une gouvernance resserrée
Le Bassin minier, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, impose des exigences spécifiques. Préserver l’identité des corons tout en améliorant la performance énergétique et le confort des logements a guidé les choix techniques et les méthodes d’exécution.
Le dispositif ERBM a structuré l’action autour d’un pilotage partagé : État et collectivités comme garants de la cohérence, bailleurs sociaux en maîtres d’ouvrage, et une filière d’entreprises locales mobilisée lot par lot. Les appels d’offres ont été massifiés mais allotis pour laisser toute leur place aux TPE-PME du territoire.
- Phasage fin : groupements d’îlots par tranches, enchaînement des corps d’état, et fenêtres d’intervention calées sur la vie du quartier.
- Concertation : réunions publiques, permanences de chantier, médiation sociale et référents d’immeuble pour fluidifier l’accès aux logements.
- Charte patrimoniale : prescriptions communes (volumétrie, teintes, menuiseries, clôtures) validées avec les ABF et les maîtrises d’œuvre.
- Objectifs mesurables : baisse des consommations, confort d’été, qualité de l’air, et réduction des nuisances en site occupé.
Pour les entreprises, cette organisation a ouvert un gisement de marchés publics multi-annuels, exigeants mais stables, propices à l’investissement en matériel, en formation et en emplois locaux.
Réhabiliter sans dénaturer les corons
La clé du projet : intervenir avec précision pour conserver l’esthétique des briques, des toitures et des alignements, tout en traitant les points faibles thermiques et sanitaires. Les prescriptions patrimoniales ont orienté des choix compatibles avec l’expression architecturale originale.
- Maçonnerie et façades : maintien des briques apparentes, rejointoiements à la chaux adaptés aux mortiers d’origine, nettoyage doux sans sablage agressif, réparation des appuis et corniches.
- Toitures : réfection des charpentes et tuiles plates/à emboîtement identiques à l’existant, renforcement des isolants en rampants, traitement des lucarnes et rives à l’identique.
- Menuiseries : remplacement par des menuiseries bois ou mixtes bois/alu, profils fins, teintes patrimoniales, double vitrage faiblement émissif avec petits-bois si nécessaire.
- Clôtures et venelles : restitution des clôtures métalliques ou en bois, requalification des cheminements, éclairage doux et mobilier urbain discret.
Pour l’isolation, l’ITE est rarement retenue sur les façades en brique apparente. Les équipes privilégient donc l’isolation par l’intérieur (ITI) avec matériaux performants et gestion rigoureuse des ponts thermiques. L’étanchéité à l’air est améliorée sans étouffer le bâti : membranes, soin des points singuliers, et ventilation adaptée.
Les contraintes hygrothermiques des maisons anciennes imposent des solutions perspirantes. Les isolants biosourcés (laine de bois, ouate de cellulose) sont de plus en plus utilisés, avec un retour d’expérience positif sur le confort d’été et la limitation des condensations.
Performance énergétique et confort des occupants
L’objectif opérationnel est de sortir les logements des classes F et G, tout en maîtrisant les budgets travaux. La combinaison gagnante repose sur un bouquet équilibré : ITI, menuiseries performantes, ventilation hygro et équipements de chauffage à haut rendement.
- Ventilation : VMC hygro B dans la majorité des maisons, bouches déportées pour limiter le bruit, réseaux soignés pour éviter les débits sous-performants.
- Chauffage : remplacement des chaudières obsolètes par des gaz THPE lorsque les réseaux existent, ou déploiement de pompes à chaleur air/eau (individuelles ou micro-collectives) lorsque la configuration s’y prête.
- Eau chaude sanitaire : ballons performants, parfois complétés par du solaire thermique en toiture selon l’orientation.
- Pilotage : robinets thermostatiques, thermostats connectés simples, et sensibilisation des locataires pour stabiliser les gains dans la durée.
Le traitement de l’humidité – fréquente dans les rez-de-chaussée des corons – passe par un drainage périphérique, une reprise des évacuations et une ventilation renforcée des pièces humides. La qualité de l’air intérieur est contrôlée en fin de chantier, avec corrections rapides si nécessaire.
Résultat attendu : des logements plus sobres, un confort accru en hiver comme en été, et des factures énergétiques maîtrisées. L’approche par lots techniques permet aux artisans spécialisés (couvreurs, menuisiers, façadiers, électriciens, chauffagistes, plâtriers) de valoriser leur savoir-faire sur des volumes significatifs.
Chantiers en site occupé : méthodes, sécurité et opportunités
La majorité des interventions ont lieu en site occupé. Pour les entreprises, cela change tout : préparation fine, communication permanente et propreté irréprochable. Le relationnel devient un lot à part entière.
- Planification : porte-à-porte avant démarrage, planning affiché dans les halls ou transmis par SMS, créneaux d’intervention compatibles avec la vie des ménages.
- Logistique : accès contraints des venelles, micro-bases-vie, stockages déportés, véhicules légers, nacelles compactes. Anticiper la coactivité dans des rues étroites.
- Sécurité : diagnostics amiante et plomb systématiques, formations SS4, procédures de confinement, cartouches filtrantes adaptées, traçabilité des déchets dangereux.
- Gestion des déchets : tri à la source, traçabilité DEEE, filières de réemploi (briques, tuiles en bon état) quand c’est possible, bennes adaptées au gabarit des rues.
- Qualité : autocontrôles photographiques, réception pièce par pièce, DOE numériques pour faciliter la maintenance future.
Côté achats publics, l’allotissement ouvre la porte aux artisans. Les bailleurs publient sur leurs profils acheteurs : mieux vaut se référencer, créer des alertes et construire des groupements momentanés d’entreprises pour répondre à des ensembles plus larges.
Les critères RSE montent en puissance : insertion par l’activité économique, empreinte carbone des matériaux, réduction des nuisances, et satisfaction des occupants. Les entreprises capables de présenter un plan d’insertion, un suivi carbone et une démarche qualité documentée marquent des points.
Financements et cadre économique : ce qu’il faut savoir
Le modèle ERBM s’appuie sur des financements publics et para-publics (État, Région, départements, intercommunalités, bailleurs sociaux), complétés par des leviers comme les certificats d’économies d’énergie. Pour les entreprises, l’enjeu est la solidité des contrats et la visibilité pluriannuelle.
- Conditions de paiement : avances et acomptes cadrés, dématérialisation des factures, retenue de garantie et DGD à sécuriser en phase offre.
- Prix et révisions : clauses de révision en cas de fortes variations de coûts matières, substitutions encadrées si rupture d’approvisionnement.
- Traçabilité : FDES/EPD pour les matériaux, attestations COV pour les peintures et colles, et fiches techniques ventilées en DOE.
- Assurances : RC pro et décennale adaptées à la rénovation en site occupé et aux travaux sur patrimoine.
Anticiper la charge atelier/chantier, renforcer la fonction QSE et outiller le suivi (planning, reste à faire, main d’œuvre capacitaire) sont des prérequis pour tenir les délais et les marges. La stabilité des volumes ERBM justifie l’investissement dans la formation et le renouvellement du parc matériel.
Conclusion : capitaliser le savoir-faire du Bassin minier
À l’orée de la dernière année du programme, une chose est acquise : réhabiliter les cités minières à grande échelle est possible, à condition d’aligner concertation, exigence patrimoniale et performance énergétique. Pour les artisans et entreprises du BTP, l’ERBM a été un accélérateur de compétences sur la rénovation en site occupé, la gestion des interfaces et l’amélioration du confort réel.
La suite se jouera dans la pérennisation des méthodes : groupements d’entreprises agiles, matériaux biosourcés maîtrisés, DOE numériques, et retours d’expérience partagés avec les bailleurs. Conseils clés : se référencer tôt, viser les lots où votre valeur ajoutée est nette, documenter la qualité, et soigner la relation avec les habitants. C’est là que se fera la différence sur les prochains marchés de réhabilitation patrimoniale et de rénovation énergétique en Hauts-de-France et ailleurs.
Source · Batiactu



