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Développement Durable

Près de Lille: renaturation d’une friche, défis et marchés BTP

À Lomme, une friche devient parc urbain modèle: plan révisé selon les écosystèmes. Renaturation et désimperméabilisation ouvrent des marchés BTP bas-carbone.

Publié
27/08
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Développement Durable
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Batiactu
Près de Lille: renaturation d’une friche, défis et marchés BTP

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Près de Lille, une friche devient parc urbain et réservoir de biodiversité

À Lomme, aux portes de Lille, un ancien site industriel a changé de visage. Sur près de 14 hectares, un parc urbain entièrement repensé fait la part belle à la biodiversité, tout en intégrant les usages du quotidien. Le projet, piloté par un aménageur public local, a été dessiné à partir des écosystèmes déjà présents, forçant l’équipe à revoir son plan initial.

Pour les entreprises du BTP et les artisans, ce chantier illustre une tendance lourde : renaturation des friches, désimperméabilisation, génie écologique et matériaux bas-carbone. Autant d’opportunités de marché que de nouvelles exigences techniques à maîtriser.

Un projet réorienté par la nature existante

Dès les premiers relevés, les écologues ont identifié des milieux à fort potentiel. Des zones humides temporaires s’étaient formées dans d’anciennes cuvettes de stockage, des friches fleuries abritaient des pollinisateurs, et des alignements d’arbres spontanés servaient de corridors pour les chauves-souris. Plutôt que d’effacer ces dynamiques, la maîtrise d’œuvre a adapté le plan.

Ce qui a changé par rapport au plan initial

  • Déplacement de 600 m de cheminements pour éviter deux mares d’orage colonisées par les amphibiens.
  • Conservation d’une butte technique, requalifiée en belvédère, afin de préserver des pelouses sèches riches en insectes.
  • Réduction de 30 % des surfaces minérales au profit de prairies et lisières arbustives.
  • Création d’une trame bleue continue avec trois bassins plantés reliés par des fossés biosourcés.

Résultat : un parc qui assume sa vocation de réservoir de biodiversité tout en proposant des usages réversibles. Les aires de jeux sont démontables, les placettes sont en matériaux perméables, et les éclairages sont pilotés pour limiter la pollution lumineuse.

Solutions techniques et matériaux bas-carbone

La transformation d’une friche industrielle impose des réponses adaptées. Sur ce site, le triptyque désimperméabilisation, réemploi et génie écologique a guidé les choix. Les entreprises locales ont été mobilisées sur des lots complémentaires : terrassements, VRD, passerelles bois, plantations, mobilier, clôtures et signalétique.

Désimperméabilisation et gestion des eaux

  • Dépose de 28 000 m² de dalles et enrobés, remplacés par des revêtements perméables (stabilisé renforcé, béton drainant, pavés à joints engazonnés).
  • Trois bassins de rétention paysagers (8 500 m³ cumulés) dimensionnés pour des pluies décennales, avec déversement retardé vers le réseau.
  • Noues et tranchées d’infiltration végétalisées, combinées à des fosses de plantation connectées pour maximiser l’infiltration.

Réemploi et économie circulaire

  • Bétons concassés sur site en granulats 0/31,5 et 20/40 pour couches de forme et gabions.
  • Réutilisation de bordures existantes après reconditionnement, limitant les apports neufs.
  • Bois issu de forêts régionales certifiées pour passerelles, platelages et assises.

Génie écologique et plantations

  • Reconstitution de 1,6 ha de zones humides avec roselières et mégaphorbiaies, en s’appuyant sur les exutoires existants.
  • Seme de prairies fleuries locales (mélanges comprenant lotier, knautie, centaurée) pour attirer pollinisateurs.
  • Plantation de 420 arbres (chênes pubescents, aulnes glutineux, tilleuls à petites feuilles) et 7 000 arbustes de lisière.
  • Installation de 45 nichoirs à chauves-souris, 35 gîtes à hérissons et 60 hôtels à insectes en lisière calme.

Un plan de gestion sur 10 ans accompagne les ouvrages : fauches tardives, pâturage ponctuel, suivi des espèces indicatrices et entretien différencié. Les entreprises d’entretien d’espaces verts y trouveront un marché régulier, avec des contrats liés à des objectifs écologiques mesurables.

Organisation de chantier : respecter le vivant sans perdre en efficacité

Travailler au rythme des écosystèmes impose un phasage précis. La charte de chantier écologique a été intégrée aux pièces marchés et contrôlée dès la préparation. Elle a encadré les interventions dans le temps et l’espace.

Phasage et fenêtres d’intervention

  • Terrassements lourds hors périodes de reproduction (mi-mars à mi-juillet) pour l’avifaune et les amphibiens.
  • Abattages ciblés réalisés entre novembre et février, après contrôle par écologue.
  • Travaux bruyants limités en fin de journée près des gîtes de chauves-souris.

Mesures de protection et logistique

  • Clôtures de chantier relevables pour laisser circuler la petite faune la nuit, avec rampes d’échappement dans les fouilles.
  • Zones de stockage sur dalles temporaires, récupération des eaux de lavage et plan anti-poussières.
  • Accès mutualisés et optimisation des tournées pour réduire les rotations camions et l’empreinte carbone.

La maîtrise d’œuvre a privilégié des réunions hebdomadaires courtes avec l’écologue de suivi et les chefs de chantier. Cette gouvernance a permis d’ajuster rapidement les tracés ou méthodes, sans impacter les délais. Au final, le calendrier a été tenu sur 14 mois, avec une seule interruption de 10 jours liée à un épisode pluvieux exceptionnel.

Budget, marchés et retours d’expérience pour les pros

Le budget global s’élève à environ 18 M€ HT, incluant dépollution ponctuelle, VRD, aménagements paysagers, ouvrages en bois et mobilier. Les marchés ont été allotis pour favoriser les PME locales.

Allotissement type observé

  • Terrassements, VRD et ouvrages hydrauliques : 7,2 M€ HT
  • Génie écologique, sols et plantations : 4,6 M€ HT
  • Ouvrages bois (passerelles, platelages) et mobilier : 2,1 M€ HT
  • Réemploi, gabions et maçonneries paysagères : 1,4 M€ HT
  • Éclairage, signalétique et clôtures : 1,1 M€ HT

Pour les artisans, plusieurs postes se distinguent : réemploi de matériaux sur site, ouvrages en bois extérieur, pavages perméables, gabions et plantations. La demande d’expertise en gestion des eaux pluviales et en sols vivants progresse vite.

Conseils pratiques pour répondre et exécuter

  • Anticiper la traçabilité des matériaux réemployés et la conformité environnementale des granulats recyclés.
  • Proposer des variantes techniques bas-carbone (liants à faible clinker, pavés à joints élargis) avec notes de calcul.
  • Former les équipes aux gestes écologiques : balisage des zones sensibles, gestion des fauches, respect des périodes.
  • Intégrer les coûts de maintenance initiale (arrosages, regarnissages) dans le prix global et forfaitaire.

Côté performances, les premiers indicateurs sont positifs : 85 % des eaux pluviales gérées à la parcelle, réduction de l’effet d’îlot de chaleur ressentie sur les placettes, et retour d’espèces patrimoniales observées, dont le triton ponctué et plusieurs chauves-souris pipistrelles.

Conclusion : une voie à suivre pour le BTP, entre biodiversité et performance

Ce parc proche de Lille montre que la renaturation des friches industrielles peut concilier exigences écologiques, attentes d’usages et équilibres économiques. Le choix d’appuyer le projet sur les écosystèmes en place a limité les mouvements de terres, réduit les apports neufs et accéléré l’appropriation par le vivant.

Pour les professionnels du bâtiment et des travaux publics, la tendance est claire : la maîtrise du génie écologique, des matériaux perméables et du réemploi devient un avantage concurrentiel. Miser sur les compétences en gestion des eaux pluviales, sur des chantiers bas-carbone et sur des méthodes respectueuses du vivant, c’est se positionner dès maintenant sur les marchés de la ville durable.

À retenir : écouter le site, adapter le plan, outiller les équipes et documenter les performances. Cette méthode, éprouvée à Lomme, offre une feuille de route concrète pour transformer d’autres friches en véritables réservoirs de biodiversité, utiles, résilients et accueillants pour les habitants comme pour la faune.

Source · Batiactu

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