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Développement Durable

Mérignac: ferme urbaine vitrine d’architecture bas carbone

Bioclimatique, biosourcée et axée sur le réemploi, la Ferme des Chênes fait laboratoire: mesures et solutions réplicables bas carbone pour collectivités et BTP.

Publié
26/08
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Développement Durable
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Batiactu
Mérignac: ferme urbaine vitrine d’architecture bas carbone

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À Mérignac, une ferme urbaine qui fait école en architecture durable

Au cœur de Mérignac, la Ferme des Chênes s’impose comme un démonstrateur de l’architecture durable appliquée à une exploitation agricole urbaine. Conception bioclimatique, matériaux biosourcés, réemploi organisé et renaturation ambitieuse : tout a été pensé pour conjuguer production maraîchère et exemplarité environnementale.

Au-delà du geste architectural, le site agit comme un véritable laboratoire grandeur nature. Objectif : mesurer, documenter et partager des solutions réplicables pour les collectivités, maîtres d’ouvrage et entreprises du BTP souhaitant accélérer la transition bas carbone et l’économie circulaire dans des programmes agricoles et tertiaires légers.

Un laboratoire d’architecture durable ancré dans le territoire

Porté par la ville de Mérignac et exploité par une structure maraîchère locale, le projet s’étend sur une parcelle d’environ 1,8 hectare. Il réunit une halle agricole, des ateliers, un pôle logistique (chambres froides, zone de conditionnement), des espaces pédagogiques ouverts au public et une serre bioclimatique. La surface construite atteint près de 900 m² de SDP, complétée par 1 200 m² de serres de culture.

Le parti pris est clair : privilégier des volumes compacts, une implantation rationnelle et des usages lisibles. Les flux sont séparés entre production, logistique et accueil du public pour répondre aux exigences sanitaires (HACCP) tout en facilitant l’exploitation quotidienne. Le calendrier a intégré des phases de test in situ : confort d’été, qualité de l’air intérieur, organisation des flux et efficacité des dispositifs de réemploi.

Inscrite dans une stratégie de circuits courts, la ferme vise la vente directe (paniers hebdomadaires), l’approvisionnement d’établissements publics et un programme pédagogique. Ce modèle hybride sécurise l’équilibre économique tout en maximisant l’impact social local.

Conception bioclimatique et performance d’usage

La conception bioclimatique pilote l’ensemble du projet. Les bâtiments sont orientés pour capter les apports solaires en hiver et se protéger des surchauffes estivales. Une serre-tampon au sud préchauffe l’air en intersaison tandis que des brise-soleil, auvents profonds et volets à lames réglables maîtrisent le rayonnement d’été.

L’inertie thermique est apportée par des parois en terre crue stabilisée et des dalles à forte capacité de déphasage. La ventilation naturelle croisée, renforcée par un tirage thermique via des lanterneaux, assure un rafraîchissement nocturne efficace. Résultat : une réduction des besoins de chauffage estimée à 18 kWh/m².an et un confort d’été maintenu sans climatisation, avec un temps de dépassement des seuils réglementaires fortement contenu.

L’autoconsommation électrique est maximisée : 80 kWc de photovoltaïque en toiture alimentent froid, pompes d’irrigation et éclairage LED. La gestion technique (GTB légère en protocole ouvert) pilote ouvrants, occultations, ventilation et prioritise les usages selon la production solaire. Les premiers retours d’exploitation indiquent un taux d’autoconsommation supérieur à 70 % et une facture énergétique réduite de près de 65 % par rapport à une exploitation standard.

Matériaux biosourcés et réemploi structuré

Le gros œuvre privilégie une structure poteaux-poutres en bois local certifié, avec des caissons préfabriqués isolés en fibres de bois. Les ateliers reçoivent des remplissages en béton de chanvre et des enduits intérieurs en terre crue pour conjuguer régulation hygrométrique et confort acoustique. Dans les zones à forte sollicitation, un béton bas carbone (ciment à faible taux de clinker) limite l’empreinte.

Le réemploi est traité comme un lot à part entière, avec une mission d’assistance (AMO réemploi), un diagnostic ressources en amont et une traçabilité par QR codes. Sont reconditionnés : menuiseries aluminium, radiateurs fonte pour les espaces non sensibles, cloisons vitrées, luminaires tertiaires convertis LED, pavés de voirie, garde-corps et caillebotis métalliques. Les pièces techniques (portes coupe-feu, vitrages) font l’objet de contrôles et attestations dédiés. Au final, près de 25 % des composants par volume sont issus du réemploi, pour 12 % en valeur.

Pour sécuriser le cadre assurantiel et la conformité, l’équipe a mobilisé des avis techniques ponctuels et des protocoles d’essais. Les CCTP intègrent tolérances dimensionnelles, plans B d’approvisionnement et délais de sourcing. La préfabrication en atelier réduit les nuisances de chantier, les pertes et les délais d’intervention des corps d’état.

  • Chantier bas carbone : base-vie économe, tri 8 flux, engins B100, arrosage anti-poussières par eau de pluie.
  • Finitions responsables : peintures minérales sans COV, sols en linoléum naturel dans les espaces d’accueil, bois thermotraité non filmogène en extérieur.
  • Durabilité : conception démontable, assemblages mécaniques et carnets de vie matériaux pour faciliter les futurs réemplois.

Eau, sol et biodiversité au cœur du projet

Le site a été pensé comme un écosystème. Les toitures végétalisées et les noues paysagères favorisent l’infiltration. Un bassin d’orage dimensionné pour des pluies décennales limite les rejets au réseau. La récupération d’eaux pluviales (environ 600 m³/an) couvre la majorité des besoins d’irrigation, distribuée en goutte-à-goutte et pilotée par sondes d’humidité.

Les eaux grises des vestiaires sont traitées par phytoépuration avant infiltration. Plus de 75 % des surfaces extérieures restent perméables, réduisant îlots de chaleur et ruissellements. Les fondations légères évitent le décapage profond pour préserver la vie des sols, essentielle à la productivité maraîchère.

La trame verte est renforcée par des haies champêtres d’essences locales, des bandes fleuries, des nichoirs pour mésanges et chauves-souris, ainsi que des gîtes à pollinisateurs. L’éclairage LED orienté et temporisé préserve la trame noire. Un plan de gestion écologique sur cinq ans prévoit suivis floristiques, comptages d’insectes et ajustements adaptatifs avec l’exploitant.

Modèle d’exploitation et enseignements pour les pros du BTP

Le programme vise la résilience économique : environ 150 paniers hebdomadaires, approvisionnement de restaurants collectifs, ateliers pédagogiques et location ponctuelle des espaces pédagogiques. La mutualisation des espaces logistiques avec d’autres producteurs locaux est étudiée pour optimiser les tournées.

Côté coûts globaux, la stratégie “performance d’usage” et la sobriété énergétique réduisent les OPEX. Sur 20 ans, le coût total de possession est estimé en baisse de 22 % par rapport à un scénario standard, malgré un CAPEX légèrement supérieur lié aux études et lots innovants.

Pour les artisans et entreprises, plusieurs leviers opérationnels se dégagent :

  • Anticiper le réemploi : mission dédiée, sourcing local, marges de tolérance, contrôle qualité et documentation traçable.
  • Intégrer les matériaux biosourcés : former les compagnons au chanvre, à la terre crue et aux finitions minérales ; privilégier la préfabrication pour garantir délais et qualité.
  • Sécuriser la conformité : protocoles d’essais, attestations fournisseurs, documentation des FDES et DOP, échanges précoces avec l’assureur.
  • Optimiser le confort d’été : protections solaires extérieures, inertie, ventilation naturelle et pilotage des ouvrants plutôt qu’une climatisation gourmande.
  • Gestion de l’eau : récupérer, infiltrer, prioriser les surfaces perméables et calibrer l’irrigation sur capteurs.
  • Suivi d’exploitation : capteurs LoRaWAN (T°, HR, CO₂), commissionnement initial et revues saisonnières MOE–exploitant.

Le cadre réglementaire renforce ces démarches : loi AGEC et filière REP Bâtiment encouragent réduction, réemploi et recyclage ; le diagnostic PEMD sur les opérations de déconstruction alimente des gisements ; la RE2020 pousse à la sobriété carbone et à la performance d’usage. Autant de leviers pour valoriser l’expertise des entreprises du bâtiment.

Conclusion : une vitrine réplicable pour les territoires

La Ferme des Chênes montre qu’une ferme urbaine peut devenir un catalyseur de l’architecture durable : conçue pour le climat, construite avec des matériaux biosourcés et de seconde vie, gérant l’eau et le vivant avec finesse, et pilotée par la performance d’usage. Le tout avec un modèle économique pragmatique, ancré dans les réalités d’exploitation.

Pour les professionnels du BTP, la leçon est claire : ces projets exigent coordination, méthodes et retours d’expérience, mais ils offrent des marchés porteurs et valorisants. Commencez par un lot pilote de réemploi, intégrez très tôt l’exploitant dans les choix d’usage, et mesurez pour progresser. À Mérignac comme ailleurs, l’architecture agricole bas carbone est prête à changer d’échelle.

Source · Batiactu

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