Développement Durable
Biodiversité urbaine : le BTP fait des chantiers des refuges
À Bordeaux, le BTP transforme ses chantiers en alliés de la nature: nichoirs, méthodes adaptées, calendrier respecté. Image RSE renforcée et conformité.
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- N° 02/10
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Biodiversité urbaine : pourquoi le BTP a la main
Hirondelles sous les avant-toits, martinets nichant dans les anfractuosités des façades… Nos villes accueillent une avifaune discrète mais essentielle. À Bordeaux, des acteurs du bâtiment réunis au sein du Club U2B se sont saisis du sujet pour transformer les chantiers en alliés de la nature.
Pour les artisans et entreprises du BTP, protéger ces espèces n’est pas qu’un geste symbolique. C’est un levier concret de qualité de chantier, d’image RSE et de conformité réglementaire. Bien conçues, les solutions sont simples, peu coûteuses et compatibles avec les exigences de délais, de sécurité et de performance énergétique.
Cadre légal et calendrier en France : ce qu’il faut savoir
En France, la quasi-totalité des oiseaux sauvages est protégée. Le Code de l’environnement (articles L411-1 et suivants) interdit la destruction des nids, la perturbation des espèces et la dégradation de leurs habitats. Les hirondelles et les martinets bénéficient d’une protection stricte, y compris pour leurs nids, même hors période de présence.
Sanctions en cas d’infraction : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende (article L415-3). Les maîtres d’ouvrage, entreprises et sous-traitants sont concernés. Anticiper évite les blocages de chantier, les mises en demeure et les surcoûts.
- Périodes sensibles à respecter (selon régions) : hirondelles : mi-mars à fin août. martinets : avril à fin août.
- Diagnostic avifaune recommandé avant dépôt de permis ou DCE pour la rénovation lourde, réhabilitation de toitures, ravalement ou ITE.
- Travaux impactant des nids : programmer en automne-hiver, et prévoir des mesures compensatoires validées par un écologue.
- Autorisation dérogatoire éventuelle si un nid doit être retiré pour raisons impérieuses, avec relogement et calendrier adaptés.
À Bordeaux et dans plusieurs métropoles, des chartes “chantier à faibles impacts” et des guides biodiversité complètent les obligations nationales. Se rapprocher de la collectivité ou d’une association naturaliste locale permet d’obtenir des consignes adaptées au site.
Solutions techniques et organisation de chantier
1) Intégrer des nichoirs et conserver les habitats
La meilleure protection consiste à préserver les nids existants et à créer des points de nidification pérennes lors des travaux. Quelques repères simples aident à bien faire.
- Pour les martinets noirs (façades et sous-toitures) : hauteur ≥ 6 m, dégagement devant l’entrée, calme. Nichoirs encastrés “brique-nichoir” ou caissons extérieurs, fente d’entrée env. 30 × 65 mm. Orientation est/nord-est pour limiter la surchauffe.
- Pour les hirondelles de fenêtre : nids-coupelles fixés sous débords de toit, entre 2,5 et 6 m. Prévoir planches anti-fientes discrètes à 50-60 cm sous le nid pour protéger la façade et l’entrée des bâtiments.
- Enduits et ITE : éviter les surfaces trop lisses en zones de nidification. Prévoir des supports ou corniches techniques offrant une accroche. Conserver des cavités témoins si l’isolation l’autorise.
- Points d’eau/boue : en début de saison, un bac de boue (mélange argile-sable-eau) aide les hirondelles à construire. Installer à l’écart des circulations.
Côté budget, prévoir 40 à 90 € HT par nichoir intégré (hors pose), 10 à 20 € pour une planche anti-fientes, et 20 à 40 €/m² pour le marquage anti-collision des vitrages si nécessaire. Le diagnostic avifaune coûte de 800 à 2 000 € selon la complexité.
2) Réduire les collisions et les perturbations
- Vitrages : marquages anti-collision (trame pointillée/linéaire, contraste extérieur). Respecter un pas ≤ 10 cm horizontal et ≤ 5 cm vertical pour l’efficacité. Privilégier des solutions durables (sérigraphie, films extérieurs résistants UV).
- Lumière la nuit : limiter l’éclairage de façades et toitures, programmer des extinctions automatiques, choisir des LED chaud (< 3 000 K) et orienter les faisceaux vers le bas.
- Bruit et proximité : en période sensible, éviter les longues phases bruyantes au droit des nids occupés. Installer un balisage d’exclusion localisé et adapter le phasage.
3) Méthode chantier : du diagnostic au suivi
- Avant-projet : commande d’un repérage avifaune (aube/crépuscule), cartographie des nids, avis sur le phasage. Intégrer au CCTP des clauses biodiversité simples et mesurables.
- Préparation : caler le calendrier hors nidification pour les zones sensibles. Commander nichoirs/briques-nichoirs en amont (délais fournisseurs). Former le chef de chantier et un référent biodiversité.
- Exécution : protéger les nids conservés, installer les nichoirs de substitution tôt dans la saison, ajuster l’éclairage provisoire. Afficher une fiche “faune protégée” en base-vie.
- Réception et exploitation : contrôle des poses, remise d’un guide d’entretien au syndic/maître d’ouvrage, suivi d’occupation sur 2 saisons avec une association locale (type LPO).
4) Retour d’expérience à Bordeaux : le Club U2B en action
À Bordeaux, le Club U2B, réseau d’acteurs du cadre bâti et de la biodiversité, a animé un atelier terrain autour d’un îlot des années 1930 abritant une colonie de martinets. Un ravalement avec ITE et reprise de toiture était prévu, avec un risque évident de perte d’habitats.
Le plan retenu : 24 briques-nichoirs intégrées côté cour, 6 caissons extérieurs sous rive côté rue, marquage anti-collision sur 120 m² de façades vitrées, et phasage des interventions lourdes entre septembre et février. Une zone d’exclusion temporaire de 5 m autour des nids actifs a été balisée durant la première saison.
Résultats mesurés par un écologue indépendant : 35 % d’occupation des nichoirs la première saison, 62 % la deuxième, et retour observable des parades aériennes au-dessus de la cour. Les réclamations des occupants liées aux salissures ont chuté grâce aux planches anti-fientes. Le maître d’ouvrage a valorisé ces actions dans sa démarche HQE et dans son rapport RSE.
- Leviers clés : commandes anticipées, coordination MOE/entreprise/écologue, formation express des compagnons, communication simple aux riverains.
- Coûts maîtrisés : +0,15 % sur le coût global du lot façade, compensé par la fluidité du chantier (aucun arrêt pour contentieux).
- Image : panneau de chantier “Ici, on protège les martinets” très remarqué. Une bonne pratique facilement réplicable.
Conclusion : passer à l’action, simplement et efficacement
Protéger hirondelles et martinets ne complique pas un chantier bien préparé. C’est une opportunité de se distinguer, d’éviter les risques juridiques et d’apporter une vraie valeur d’usage aux bâtiments. À Bordeaux, les retours confirment que de petits gestes techniques, mis au bon moment, produisent de grands effets.
- Planifier hors nidification pour les zones sensibles.
- Faire un repérage avifaune sur les façades et toitures à rénover.
- Intégrer des nichoirs adaptés et des marquages anti-collision.
- Protéger les nids existants et installer des planches anti-fientes.
- S’appuyer sur un écologue ou une association locale pour le suivi.
Le bâtiment peut être un véritable refuge pour la biodiversité urbaine. En adoptant ces bonnes pratiques dès la conception et jusqu’à la réception, artisans et entrepreneurs du BTP deviennent des acteurs clés d’une ville plus vivante, plus attractive et plus durable.
Source · Batiactu



