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Développement Durable

3XN et l’art de bâtir avec l’eau: résilience pour le BTP

Face à la montée des eaux, 3XN prône la cohabitation avec l’eau: conception en strates, retours de Copenhague à Sydney, repères pour chantiers BTP français.

Publié
N° 29/09
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Développement Durable
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Batiactu
3XN et l’art de bâtir avec l’eau: résilience pour le BTP

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Composer avec l’eau : la nouvelle grammaire constructive selon 3XN

Face à la montée des eaux, au recul du trait de côte et aux submersions répétées, la réponse ne peut plus se limiter à ériger des digues. L’agence danoise 3XN défend une approche différente : concevoir des bâtiments et des aménagements qui cohabitent avec l’eau, acceptent ses dynamiques et en tirent parti. Une vision opératoire, nourrie par des projets menés de Copenhague à Sydney, et transposable aux chantiers français.

Pour Thomas Hervé et Magdelis Santos, qui pilotent ces sujets au sein de 3XN et de son unité de recherche GXN, l’adaptation climatique n’est pas un supplément d’âme. C’est un cahier des charges dès l’esquisse, avec des choix d’implantation, de structure, de matériaux et d’exploitation qui conditionnent la résilience des ouvrages. Voici des repères concrets pour les artisans, entrepreneurs et maîtres d’œuvre du BTP.

De Copenhague à Sydney : retours de terrain et principes directeurs

Chaque littoral a ses contraintes : micro-marées et eaux saumâtres dans les ports nordiques, houle, crues rapides et surcotes dans les baies exposées. Pourtant, un socle commun émerge. Les équipes de 3XN adoptent une défense en strates : éviter, surélever, ralentir, dévier et accepter. Cette « séquence » permet d’articuler la conception du bâtiment et l’aménagement de ses abords.

  • Éviter : implanter hors des zones les plus vulnérables quand c’est possible, libérer les corridors d’écoulement.
  • Surélever : positionner les planchers utiles au-dessus d’une cote de sécurité intégrant crue centennale et élévation du niveau marin projetée.
  • Ralentir : privilégier sols perméables, noues et bassins de rétention pour absorber et temporiser.
  • Dévier : modeler l’espace public, créer des seuils et murets paysagers qui guident l’eau sans barrer les vues.
  • Accepter : concevoir des rez-de-chaussée réversibles et inondables, sans équipements sensibles.

À Copenhague, cette logique s’incarne dans des quais étagés, des parcs réservoirs et des plinthes actives accueillant des usages robustes. À Sydney, l’accent est mis sur les plateformes surélevées, la protection contre la houle et la continuité d’exploitation lors des épisodes de submersion. Partout, la clé est la coordination : simuler les flux, partager les données entre architectes, ingénieurs, autorités portuaires et entreprises, puis détailler les interfaces chantier par chantier.

Solutions constructives pour chantiers littoraux et zones inondables

Sur un projet en zone d’aléa submersion, chaque décision compte : un centimètre de plus sur la cote plancher, une gaine technique déplacée, un joint mal choisi. Les solutions ci-dessous, éprouvées sur plusieurs opérations, constituent une boîte à outils pragmatique.

  • Implantation et structure : définir la cote de référence en cumulant crue centennale, surcote, marnage et scénario de montée des eaux 2050/2100 ; ajouter 50 à 80 cm de franc-bord. Opter pour des structures poteaux-poutres ouvertes en rez, avec voiles raidisseurs hors d’eau. Prévoir des dalles perforées ou des passages hydrauliques pour éviter la pression différentielle lors d’une submersion.
  • Rez-de-chaussée réversible : réserver le niveau 0 à des fonctions non critiques (locaux vélos, ateliers, commerces à cloison légère). Plinthes et parements en matériaux hydrocompatibles (béton poli, grès cérame, bois modifié traité marin). Cloisons démontables, fixations inox et quincaillerie de grade marin. Systèmes de fermeture amovibles sur ouvertures (batardeaux discrets intégrés au bâti) pour les épisodes extrêmes.
  • Réseaux techniques : positionner les tableaux électriques, transformateurs et générateurs au-dessus de la cote de submersion majorée. Cheminements secs en façade intérieure, boîtiers IP66/67, gaines à joints hydrophobes. Installations sanitaires avec clapets anti-retour, siphons à verrouillage hydraulique et relevage redondant. Groupes froid et CTA en toiture ou en attique, avec accès maintenance sécurisé.
  • Enveloppe et détails : aluminium anodisé marin, inox 316L ou duplex pour les zones exposées aux embruns, fixations isolées électrochimiquement. Béton à formulation adaptée milieu salin et couverture protectrice soignée (enrobage des aciers, traitement des arêtes). Bardages ventilés avec lames facilement remplaçables. Joints hydrophiles au pied des ouvrages, rupteurs de capillarité et seuils drainants aux accès.
  • Abords et espace public : parkings et placettes conçus comme « zones tampons » inondables, noues plantées et bassins de rétention à débordement contrôlé. Marches-promenades et terrasses en gradins dissipant l’énergie des vagues. Végétalisation saline-tolérante favorisant la biodiversité et la stabilisation des sols.

Ces choix techniques doivent s’accompagner d’un plan de maintenance clair : inspections après épisodes de submersion, rinçage des pièces exposées au sel, contrôle périodique des joints et équipements amovibles. Contractualiser ces points avec le maître d’ouvrage et le mainteneur réduit fortement le risque de sinistre.

Coûts, assurances et cadre réglementaire : arbitrer tôt pour gagner

Adapter un bâtiment au risque de submersion marine induit un surcoût initial limité, souvent compris entre 2 % et 7 % selon l’exposition et le niveau de performance visé. Ce différentiel est largement compensé par l’évitement de dommages, la continuité d’activité et l’attractivité durable du site. Les assureurs commencent d’ailleurs à moduler primes et franchises selon la résilience réelle des actifs.

En France, l’inscription du projet dans le cadre des PPRL et documents d’urbanisme est déterminante. L’anticipation des exigences de la GEMAPI, la prise en compte de la loi Climat et Résilience et l’échange en amont avec la DDTM et le SDIS fluidifient l’instruction. Pour les solutions innovantes (protections amovibles, systèmes de clapets, assemblages spécifiques), une démarche ATEx ou une justification technique structurée rassure la maîtrise d’ouvrage et les contrôleurs.

  • Études préalables : topographie fine, modélisations hydrauliques (débordement pluvial, ruissellement, submersion), scénarios de montée des eaux à horizon 2050/2100. Analyse des embruns et de la salinité pour le choix des matériaux.
  • Processus : ateliers précoces avec maîtrise d’ouvrage, assureur, exploitant et entreprises ; définition d’une cote projet commune ; matrice d’acceptation du risque par usage. Cahier des charges des équipements critiques et plan de continuité d’activité.
  • Exploitation : dispositifs d’alerte, procédures de mise en sécurité (pose des batardeaux, arrêt de certaines fonctions), stocks de pièces de rechange et formation des équipes.

Enfin, les exigences de durabilité ne s’opposent pas à l’adaptation : recourir à des matériaux bas carbone et durables en milieu salin, démonter pour réparer plutôt que remplacer, mutualiser les espaces inondables comme lieux publics sont des leviers à la fois environnementaux et économiques.

Études de cas : apprendre des bords de l’eau

Dans le quartier de Nordhavn à Copenhague, l’aménagement a été pensé pour que l’eau circule sans endommager. Les quais sont découpés en gradins, les promenades se transforment en seuils hydrauliques et les rez-de-chaussée accueillent des fonctions robustes. Les bâtiments reposent sur des plinthes surélevées, avec des accès multiples pour garantir la continuité d’exploitation. Les bassins de rétention paysagers servent de parcs au quotidien et stockent temporairement les eaux lors d’événements extrêmes.

À Sydney, le nouveau marché aux poissons conçu par 3XN illustre une mise à l’abri active : plateau principal surélevé, esplanade publique inondable qui dissipe l’énergie des vagues, matériaux marins pour les zones exposées et réseaux techniques regroupés en hauteur. Les abords intègrent des dispositifs écologiques de type « living seawalls », qui créent des micro-habitats et améliorent la qualité de l’eau. Résultat : un équipement ouvert sur le port, capable d’absorber des épisodes de submersion sans interrompre durablement ses activités.

Sur des opérations tertiaires en front d’eau, la même logique s’applique : socles actifs, entrées rehaussées, paliers de transition, vitrages protégés par des lames et continuité des planchers techniques au-dessus de la cote de risque. L’enjeu est autant spatial que technique : dessiner des parcours confortables par temps calme et sûrs lors des pics, tout en limitant la maintenance.

Conclusion : faire de la résilience côtière un avantage concurrentiel

Composer avec l’eau n’est ni une concession esthétique ni une contrainte subie. C’est une opportunité de créer des bâtiments plus sûrs, plus agréables et mieux valorisés. Pour les professionnels du bâtiment, l’avantage se construit dès les premières esquisses et se consolide à la mise en œuvre par des détails soignés.

  • Cartographier finement les aléas du site et fixer une cote projet robuste, partagée par toute l’équipe.
  • Rendre le rez-de-chaussée réversible et inondable, sans équipements critiques ni matériaux vulnérables.
  • Surélever les réseaux et sécuriser les accès, avec des dispositifs simples à activer en cas d’alerte.
  • Traiter les abords comme des infrastructures hydrauliques paysagées, utiles tous les jours et performantes en crise.
  • Contractualiser la maintenance post-submersion et former les équipes d’exploitation.

La montée des eaux impose d’évoluer. Ceux qui intégreront tôt l’adaptation climatique, de la conception au chantier, livreront des ouvrages durables, assurables et désirables. À l’image des projets menés par 3XN, construire avec l’eau peut devenir un marqueur de qualité et un véritable levier de compétitivité pour la filière BTP.

Source · Batiactu

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