Développement Durable
100 territoires d’électrification: le boom des chantiers BTP
Le gouvernement lance 100 territoires d’électrification pour accélérer la sortie du gaz. Artisans et PME BTP: pompes à chaleur, réseaux, IRVE et solaire.
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- N° 12/09
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Électrification des territoires : la nouvelle dynamique qui accélère la sortie du gaz
Le gouvernement a dévoilé les lauréats du dispositif “100 territoires d’électrification”. Objectif : accompagner des collectivités pilotes dans la transition énergétique, avec des projets concrets capables de réduire l’empreinte carbone et, dans certains cas, de se désengager progressivement du réseau de gaz.
Pour les artisans, PME du bâtiment et entreprises de travaux publics, cette bascule ouvre un cycle de chantiers majeurs : pompes à chaleur, renforcement des réseaux électriques, IRVE, photovoltaïque, gestion énergétique intelligente. Tour d’horizon des enjeux et des opportunités à saisir.
Que couvre le programme “100 territoires d’électrification” ?
Ce programme soutient des collectivités urbaines, périurbaines et rurales prêtes à expérimenter des solutions d’électrification à grande échelle. L’idée est de créer des démonstrateurs reproductibles, en s’appuyant sur des bouquets d’actions coordonnées et sur la coopération des acteurs locaux (collectivités, bailleurs, gestionnaires de réseaux, entreprises du BTP).
Les projets retenus se structurent autour de quatre axes complémentaires :
- Décarbonation du chauffage des logements et bâtiments tertiaires via des pompes à chaleur (air/eau, géothermie de surface), des réseaux de chaleur bas-carbone et l’isolation performante.
- Production d’électricité locale (photovoltaïque en toitures et ombrières, autoconsommation individuelle ou collective) et stockage pour lisser les pointes.
- Mobilité électrique avec déploiement d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) sur la voirie, dans les parkings publics et copropriétés.
- Pilotage des usages (GTB/GTC, effacement, compteurs communicants) afin d’optimiser la consommation et de fiabiliser l’équilibre réseau.
Les territoires élaborent une feuille de route pluriannuelle avec indicateurs de performance : économies d’énergie, baisse des émissions, diminution des linéaires de gaz non prioritaires, part d’énergies renouvelables, qualité de service. Les premières réalisations doivent monter en puissance sur 24 à 36 mois, avec un suivi renforcé des retours d’expérience pour faciliter le passage à l’échelle.
Sortie ciblée du réseau de gaz : où et comment ?
La “sortie du gaz” ne signifie pas une extinction brutale et généralisée du réseau national. Elle s’envisage de manière ciblée, là où l’électrification est techniquement pertinente, économiquement rationnelle et socialement acceptable. Les territoires à faible densité, les antennes terminales peu utilisées et les poches urbaines prêtes à basculer sur des solutions électriques performantes figurent parmi les cas d’étude.
Concrètement, la démarche suit des étapes éprouvées :
- Études patrimoniales du réseau de gaz (état, coûts de maintenance, sécurité) et diagnostic énergétique du bâti pour calibrer les solutions alternatives.
- Plan de conversion par îlots ou quartiers : remplacement des chaudières gaz par des PAC, renforcement électrique, solutions de secours et accompagnement des usagers.
- Neutralisation progressive des tronçons concernés, après bascule complète des clients, avec procédures réglementaires et information des riverains.
- Maintien ciblé du gaz là où il reste critique (procédés industriels, sites sensibles) et développement du biométhane dans les zones raccordées pertinentes.
Cette stratégie présente trois bénéfices : réduction des coûts de maintenance de canalisations peu utilisées, baisse des émissions liées à l’usage du gaz fossile, amélioration de la résilience grâce à des systèmes électriques modernisés, enrichis par du photovoltaïque et du stockage.
Chantiers clés et opportunités pour les pros du BTP
Pour les entreprises du bâtiment, l’électrification des territoires se traduit par une demande soutenue et diversifiée. Les marchés les plus actifs à court terme :
- Pompes à chaleur individuelles et collectives : dimensionnement, pose hydraulique, régulation, acoustique, mise en service. Forte appétence pour les PAC haute température en rénovation.
- Rénovation de l’enveloppe (ITE, combles, menuiseries performantes) pour contenir les puissances appelées et garantir le confort, notamment lors des vagues de froid.
- Réseaux électriques intérieurs et colonnes montantes : passage en triphasé, tableaux renforcés, protections, conformité NF C 15-100, attestation Consuel lorsque nécessaire.
- IRVE dans l’habitat collectif, le tertiaire et l’espace public : études de puissance, choix des bornes, supervision, cybersécurité, maintenance.
- Photovoltaïque en toiture et ombrières : implantation, étanchéité, cheminements, raccordement, autoconsommation, couplage batteries.
- GTB/GTC et pilotage : capteurs, régulation, délestage, supervision multi-sites pour administrations et PME.
Pour se positionner, anticipez les compétences et certifications attendues : RGE QualiPAC, QualiPV, mention IRVE, habilitations électriques, formations fluides frigorigènes, maîtrise des dossiers CEE. Les groupements d’entreprises pluridisciplinaires (chauffagistes, électriciens, façadiers, étancheurs) remportent des marchés grâce à des offres clés en main et des délais maîtrisés.
Côté méthodologie, privilégiez des audits rapides et standardisés, des catalogues de solutions éprouvées, et des plans d’exécution qui intègrent la logistique (disponibilité des PAC, des bornes, des modules PV) pour sécuriser les plannings.
Financements, raccordements et démarches indispensables
Le succès de cette électrification repose aussi sur la mobilisation des aides et des dispositifs d’accompagnement. Plusieurs leviers sont activables selon les projets :
- Certificats d’économies d’énergie (CEE) pour la rénovation thermique, les PAC, l’éclairage, la GTB tertiaire.
- MaPrimeRénov’ et ses volets collectifs, en complément des CEE, dans l’habitat individuel et copropriétés.
- Programme ACTEE et appuis des intercommunalités pour le parc public (écoles, gymnases, mairies).
- Fonds vert, DETR et DSIL pour les communes et EPCI portant des projets d’électrification ou de neutralisation de réseaux.
- ADEME et Banque des Territoires pour les études, le tiers-financement, la structuration des opérations d’autoconsommation.
Sur le plan technique, anticipez les capacités de raccordement avec le gestionnaire de réseau (dimensionnement, délais, renforcement), les autorisations d’urbanisme pour le photovoltaïque, et les conventions pour l’IRVE en copropriété et sur domaine public. Une note de calcul des puissances, un schéma unifilaire à jour, des fiches techniques des équipements et un phasage des mises en service facilitent l’instruction des dossiers.
Pour les neutralisations de tronçons de gaz, travaillez en coordination avec les concessionnaires et services techniques : DICT si terrassement, procédures de purge et de consignation, information des riverains, plan de continuité pour les sites sensibles.
Points de vigilance techniques et retours d’expérience
La réussite des projets d’électrification tient à la qualité de conception et à l’anticipation des contraintes. Les points d’attention récurrents :
- Gestion des pointes hivernales : puissance des PAC, appoints électriques ou hybrides, isolation renforcée, pilotage des courbes de charge.
- Acoustique et intégration des unités extérieures de PAC en milieu dense (supports, antivibratiles, écrans, voisinage).
- Coordination IRVE et bâtiment : compatibilité des protections, équilibrage des phases, systèmes de pilotage dynamique pour éviter la saturation.
- Maintenance et garanties : contrats, télésurveillance, gestion des consommables et fluides, plan de remplacement.
- Sobriété d’usage : formation des occupants, réglages, suivi des consommations pour pérenniser les gains.
- Qualité des travaux d’enveloppe : continuité de l’ITE, traitement des ponts thermiques, étanchéité à l’air et ventilation adaptée.
Les premiers retours des territoires pionniers montrent que les solutions groupées, par rues ou par îlots, réduisent les coûts unitaires et accélèrent la bascule, à condition d’un pilotage de projet rigoureux et d’un accompagnement des ménages et usagers tout au long du chantier.
Conclusion : se préparer à la bascule énergétique
Avec “100 territoires d’électrification”, la France ouvre une voie opérationnelle vers la réduction du réseau de gaz là où c’est pertinent, en privilégiant des solutions électriques performantes et pilotées. Pour les professionnels du BTP, l’heure est à la structuration d’offres globales, à la montée en compétences et aux alliances métiers.
Conseil pratique : cartographiez dès maintenant les quartiers prioritaires autour de vous, bâtissez des kits techniques standardisés (PAC + enveloppe + IRVE + PV), et sécurisez vos filières d’approvisionnement. Les marchés s’ouvrent à ceux qui sauront proposer des solutions fiables, compétitives et rapides à déployer, au service d’une transition énergétique durable et créatrice d’emplois locaux.
Source · Batiactu



